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Vaccin et pass sanitaire : les mésaventures de l’intérêt général

Le clivage politique creusé par les mesures sanitaires du début de l’été a été un bon révélateur des pulsions de fond de notre société ou de ce qu’il en reste. La campagne de vaccination s’était mise à stagner du fait d’un climat de défiance généralisé vis-à-vis de toute parole institutionnelle, non plus seulement quand elle est politique mais dorénavant aussi quand elle est journalistique ou scientifique. Dans certains cas, la perte de culture scientifique et la désinformation peuvent mener jusqu’à un complotisme qui tient d’explication simple à un monde complexe. Certes tous ceux que la vaccination désemparent ne sont pas des complotistes : il serait bon également qu’on puisse défendre la nécessité de la vaccination sans se faire traiter de « mouton » ou de « collabo »

Arguant du manque de recul ou de leur liberté de conscience, certains n’ont donc pas hésité à ériger leur choix en droit et à faire primer la précaution personnelle sur toute considération d’intérêt général. Cela ne veut évidemment pas dire, encore une fois, qu’il ne faut pas consacrer de la considération et de la pédagogie à ceux qui hésitent. Je comprends celles et ceux qui auraient préféré décider par eux-mêmes plutôt que de se sentir pressurés. Encore faudrait-il pour cela avoir un temps que nous n’avons pas : ma grand-mère avait résumé le problème lorsqu’elle se demandait par son expression favorite : que faut-il faire quand le rôti brûle ? En d’autres termes, valait-il mieux le pass sanitaire cet été ou le reconfinement à la rentrée ?

Il est pourtant évident par ailleurs qu’on ne se vaccine pas d’abord pour soi-même mais par respect pour les autres, parce que l’on diminue ainsi drastiquement non seulement son propre risque à développer des formes graves mais aussi sa propre contagiosité en direction de publics plus fragiles que soi. Le choix militant du refus du vaccin ressemble quand même parfois à celui de l’individualisme ultime qui consiste à compter sur les autres pour nous tirer d’affaire. Et cet égoïsme est aussi un cynisme, par lequel on considère que si 90 % de vaccination amène à l’immunité collective, alors le plus confortable est de se trouver parmi les 10 % de non-vaccinés qui seront restés dans l’irrationalité tout en se laissant protéger par les autres. 

Faisons-nous encore société ? La question de la montée de l’individualisme et de la dégradation du lien social n’est pas nouvelle. Nous ne formons plus un corps social, mais un amas de consommateurs solitaires, otages d’un monde intérieur hallucinatoire dopé par le marketing et le virtuel. Une société ségrégée, archipelisée, sans continent commun qui nous unisse. Rien de bien nouveau à tout cela, sinon le degré d’obscénité et d’indécence qu’atteignent ceux qui n’ont pas craint d’invoquer la dictature d’un quatrième Reich et de se déguiser avec une étoile jaune. Il faut avoir perdu tout sens commun pour croire qu’en dictature, on peut s’offrir le luxe de manifester tout en hurlant à la dictature. Et il faut avoir perdu toute dignité pour oser un seul instant comparer le désagrément d’une formalité préalable pour aller au concert ou au restaurant, et l’absolu indicible qu’a été la Shoah

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