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Un service public des déchets peut-il s’affranchir de toute considération de salubrité ?

Longtemps, on n’a géré en France les déchets comme ce qu’il fallait simplement faire disparaître. Tout était organisé pour les soustraire à notre vue : ramassages fréquents et regroupements de tous les déchets en seul mode de traitement (l’enfouissement) et un seul lieu (la décharge du Balançan). C’est cette logique de débarras qui mène encore beaucoup de nos concitoyens à laisser autour des points d’apports volontaires tout ce qu’ils ont voulu jeter, même quant à l’évidence le conteneur adéquat manque. Ainsi retrouvons-nous des bouteilles en verre, des matelas ou des machines à laver au pied des conteneurs réservés aux emballages ou au papier, les auteurs de ces dépôts considérant qu’il n’est pas question d’avoir à faire un autre dépôt ailleurs, et que forcément la collectivité n’aura pas d’autre choix que de finir par ramasser. C’est une évidence bien plus récente et qui n’est pas encore rentrée dans tous les esprits, que ces façons de faire ne sont pas compatibles un seul instant avec la lutte contre le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources de la planète.

Surconsommer et finir par jeter tout ce qu’on consomme constitue une impasse dramatique. Pour en sortir, il faut évidemment considérer le déchet comme une ressource, ce qui est la base de la notion de l’économie circulaire. Il arrive aux plus fervents défenseurs de l’économie circulaire, notamment aux techniciens des intercommunalités, d’aller jusqu’à considérer que pour combattre cette logique du débarras, il faut cesser de procéder à l’enlèvement des dépôts sauvages. C’est un peu ce que fait notre propre intercommunalité lorsque certains de ses agents, certes animés par d’excellentes intentions, sortent des conteneurs les déchets qui leur paraissent devoir être recyclés, comme par exemple les innombrables cartons de vente en ligne ou les rituels sacs de feuilles mortes, comme si ceux qui les avaient déposés là faute d’avoir conscience des enjeux, allaient brutalement se raviser et revenir penauds rechercher ventre à terre leurs petits déchets. Dans la pratique évidemment, le carton et le sac de feuille extraits du conteneur restent là et finissent bien par être enlevés par les mêmes agents. Il est nécessaire de faire changer les comportements, à condition de ne pas se tromper de méthode. Il me semble par exemple que le recours à une tarification incitative serait un bon outil.

Il ne faut donc pas pousser la logique de l’économie circulaire jusqu’à oublier que le traitement des déchets est d’abord une affaire de salubrité publique. Si les pouvoirs publics enlèvent les dépôts sauvages malgré le coup que cela représente, ce n’est pas pour encourager les auteurs de ces dépôts à persister dans leur pratique, mais tout simplement parce que l’autre option, celle qui consiste à les laisser sur place est encore pire parce qu’elle conduit à l’addition d’autres dépôts et parce qu’elle est le plus souvent source d’éparpillement et de pollution. Pour le dire autrement : toute approche du problème des déchets qui conserve l’objectif de salubrité n’est pas nécessairement dé-responsabilisante pour l’usager. 

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