Le monde d’après ?

La crise que nous traversons est historique, elle aura peut-être été à notre époque ce que le tremblement de terre de Lisbonne avait été au siècle des Lumières, c’est-à-dire un point d’inflexion de la culture et de la civilisation. Comment imaginer le monde d’après ? Il y a sans doute deux familles de réponses à cette question. La première consiste à se référer à ce qui s’est passé après les pires moments de notre histoire : après la première guerre mondiale, les années folles, après la seconde guerre mondiale ; les trente glorieuses. Après la grande récession, un pic de croissance. C’est l’idée que le besoin de vivre, d’aimer, de consommer, sera une frénésie libératrice. Mais cela ne peut se faire sans que quelques leçons soient tirées de ce qui se passe aujourd’hui, ne serait-ce que dans ce constat simple : nous ne pouvons faire fabriquer médicaments et masques qu’en Inde ou en Chine. C’est le point de départ d’une seconde famille de réponses. 

Les épidémies ont toujours, dans l’histoire, provoqué des réflexions collectives de fond, et ce sera à l’évidence le cas de celle-ci, qui interroge évidemment le point de développement du libéralisme et de sa financiarisation. Cette crise ne sera pas une simple parenthèse à refermer, elle nous met en alerte sur l’état du monde. Le passage d’un monde hyper-mobile à un blocage total fonctionne comme une sidération, qui remet brutalement en lumière le besoin de services publics, et qui remet en question l’interdépendance planétaire. Modes de consommation, de production, changement climatique : la mondialisation est à un tournant. Seule une crise de la nature de celle que nous traversons peut mobiliser les Etats au point de réguler un peu les chaînes de production internationale. Et c’est un libéral qui le dit…

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